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RSSToucher le fond
Kenny Sauders est d’accord pour dire qu’un toxicomane doit toucher le fond avant de pouvoir remonter
Kenny Saunders a passé plusieurs années dans le monde des sans-abri de Maple Ridge (Saskatchewan), à vivoter aux abords du centre-ville Il a maintenant un foyer et un emploi, et il s’est débarrassé de sa dépendance à la métamphétamine (crystal meth).
Kenny préfère maintenant trouver le bonheur en faisant « des choses comme faisait Christ, au lieu de trouver dans la drogue un état d’euphorie artificiel ». Cependant, il lui a fallu bien des années avant de toucher le fond et de remonter à la surface.
À quelques pas de la « Caring Place » de l’Armée du Salut, sur la 222e rue, Kenny se rappelle toutes les années pendant lesquelles il a consommé de l’alcool, de la marijuana et de la cocaïne. À cette époque, il travaillait fort pendant la semaine et fêtait encore plus fort durant les fins de semaine. Ce n’est qu’en 1987 qu’il a frappé un mur.
La métamphétamine n’était pas populaire à l’époque. Elle n’était même pas produite au Canada. Elle était importée illégalement des États-Unis à l’intention de « quelques privilégiés ».
Jusque vers l’an 2000, Kenny a continué à consommer du crystal meth et d’autres drogues, tout en gardant son emploi. Ensuite, sa vie a basculé. « Vous croyez que tout va bien, mais ce n’est pas le cas. Je suppose que je ne me suis pas présenté à mon travail à quelques reprises. J’ai été congédié, puis je me suis retrouvé dans la rue. C’est aussi simple que cela. »
« Quand vous ne dormez pas pendant trois ou quatre jours d’affilée, il est difficile de travailler. Vous perdez votre travail, votre paie, votre foyer. Vous allez grossir les rangs des sans-abri, vous dormez sur des bancs de parc et vous faites la queue à l’Armée du Salut ou vous essayez de vous abriter sous des feuilles de plastique. »
« Le crystal meth vous fait perdre la notion du temps. C’est une drogue qui vous désorganise, pas seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. »
Pour payer sa drogue, Kenny se joint aux nombreux « fouilleurs de poubelles » du centre-ville de Maple Ridge. Tout objet qui présente un tant soit peu d’intérêt peut être vendu pour quelques cents, qui lui servent à se procurer sa dose quotidienne.
Aujourd’hui, comme à l’époque, il comprend que ce qu’il faisait n’était pas bien. « Parfois, vous faites quelque chose et vous savez que ce n’est pas bien, mais vous le faites quand même. »
Les sans-abri forment un réseau, un cercle social. Même s’il leur arrive de se mentir et de se voler mutuellement, ils peuvent aussi se protéger les uns les autres. Ils se tiennent ensemble et s’enivrent ensemble.
Pourquoi Kenny a-il- réussi à s’en sortir alors que tant d’autres n’y arrivent pas? Kenny réfléchit pendant un moment. Il trouve difficile d’expliquer comment cela est arrivé, mais il vivait dans la rue, et il a « été touché par Jésus ».
C’et à l’automne 2004 que Kenny a fait ses premiers pas sur le chemin de la guérison. Il souffrait alors d’une pneumonie, après avoir survécu à un incendie dans sa tente. Barb Wardrope, ex-employée de l’Armée du Salut, et Gordy Robson, maire de Maple Ridge et – à l’époque – bénévole pour la même organisation, l’ont convaincu d’abandonner son mode de vie et de s’inscrire au programme d’hébergement de transition de l’Armée du Salut. Kenny avait déjà songé à se débarrasser de ses dépendances, mais tout le monde y pense, un jour ou l’autre.
Le frère de Kenny a fourni l’argent nécessaire au loyer. En décembre de cette année-là, Kenny a travaillé bénévolement pour le programme des marmites de Noël de l’Armée du Salut. En février de l’année suivante, il a travaillé à la démolition d’une scierie à Squamish. L’emploi n’a duré que quatre mois, mais ce fut suffisant pour empêcher Kenny de retourner dans le milieu de la drogue du centre-ville de Maple Ridge.
Kenny se rend encore au refuge cinq ou six fois par semaine afin de garder le contact avec sa « famille ». Il espère également être un modèle pour les autres résidents.
Kenny vient d’avoir 56 ans. Le 1er juillet dernier, il y avait 21 mois qu’il ne prenait plus de métamphétamine. Il a suivi récemment une formation en sécurité et il travaille depuis peu à titre d’agent de la sécurité pour un projet de construction, à Vancouver.
Depuis qu’il ne vit plus dans la rue, Kenny peut prendre soin de sa fille, Kennya. Celle-ci n’avait aucune idée des problèmes que son père vivait lorsqu’il est parti, il y a de nombreuses années. « Je suis très, très fière de mon père et de ce qu’il a fait… il faut beaucoup de volonté pour cesser de prendre cette drogue et continuer à fréquenter les mêmes personnes après cela. »
Tout en étant un modèle pour les autres, Kenny a des conseils pratiques à offrir à ceux qui pourraient être tentés par son ancien mode de vie : « Essayez de trouver quelque chose qui vous procure un bonheur authentique plutôt que l’euphorie artificielle que donnent les drogues ».
« Il y a des gens qui sont prêts à les aider, s’ils en font la demande. »
Phil Melnychuk
Journaliste