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Servir sous deux drapeaux

Posted By John McAlister On vendredi 09 novembre 2007 à 08:04 In News | No Comments

nullLe capitaine Patrick Lublink est à la fois aumônier militaire et officier de l’Armée du Salut. Des médecins et des infirmières dévoués soignent les soldats qui ont été blessés en Afghanistan, mais le pasteur Patrick Lublink est un autre genre de thérapeute. Seul officier de l’Armée du Salut à travailler également comme aumônier militaire, il s’occupe des blessures spirituelles et psychologiques des soldats qui reviennent du front.

Nous avons rencontré le capitaine Lublink à Landstuhl, en Allemagne, où il est stationné.

Q. Parlez-nous de vos origines.

Je suis né en Belgique, et j’avais un an quand mes parents ont émigré au Canada.

J’ai connu Jésus à l’église pentecôtiste à l’âge de 19 ans. Déjà membre des forces armées, j’étais affecté à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. J’ai fait une carrière complète dans l’armée, à titre de soldat, de caporal et de sergent.

Peu de temps après, j’ai été affecté à la base des forces armées canadiennes à Lahr, en Allemagne. C’est là que j’ai fait la connaissance de mon épouse, qui travaillait aux services du bouclier rouge de l’Armée du Salut. Sa famille est salutiste depuis trois générations. Je suis donc devenu membre de l’Armée du Salut en même temps que j’ai rencontré ma femme.

Q. Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’Armée du Salut, à part votre épouse?

Eh bien, à l’époque, l’Armée du Salut était le point de ralliement de tous les évangéliques. De 60 à 80 personnes d’églises diverses s’y rassemblaient le dimanche soir. C’est le climat de camaraderie qui me plaisait. J’ai passé mes premières années à titre de salutiste dans les services du bouclier rouge. Je me suis marié, je suis devenu soldat, puis papa, et j’ai été membre de l’Armée du Salut pendant des années avant de mettre les pieds dans une église. Je ne connaissais rien à la vie de l’église. Pour moi, l’Armée du Salut se résumait aux services du bouclier rouge.

Q. Comment êtes-vous passé des forces armées canadiennes à l’Armée du Salut?

Quand j’étais militaire, j’ai songé à quitter l’armée pour faire des études dans un collège biblique, dans le but de devenir pasteur. Comme notre situation financière ne le permettait pas, j’ai décidé de rester dans l’armée. Valerie et moi nous sentions appelés à exercer un ministère à temps plein, mais il nous a fallu attendre 20 ans avant de quitter l’armée canadienne pour devenir pasteurs de l’Armée du Salut.

Q. Comment êtes-vous devenu pasteur dans les forces armées canadiennes?

Vers la fin des années 1990, mon épouse et moi étions affectés dans une église de l’Armée du Salut à Toronto, et je ne songeais plus à entreprendre une carrière d’aumônier militaire. Cependant, une rencontre fortuite avec un salutiste qui était aumônier militaire à temps partiel m’a fait réfléchir. J’ai fait une demande – c’est un long processus – et en 2003, j’ai été réintégré dans l’armée.

Q. Donc, concrètement, vous vous êtes enrôlé à nouveau. Vous a-t-il fallu suivre encore une fois la formation de base?

Tous les aumôniers, quelle que soit leur confession, ont le grade de capitaine. Par conséquent, à l’âge de 47 ans, j’ai dû suivre le cours élémentaire d’officier à la base de Borden. C’est un cours de 13 semaines qui m’a permis d’obtenir toutes les compétences requises pour être officier.

Q. La plupart des gens qui suivent ce cours n’ont que la moitié de votre âge.

En fait, l’aspect « forme physique » a été difficile (rires). Cependant, je m’étais préparé en suivant un programme d’entraînement rigoureux au centre sportif de mon quartier. Je n’ai donc pas eu de problèmes. J’étais bien déterminé à réussir.

Q. Quelles sont vos nouvelles tâches en Allemagne?

L’Allemagne est une zone d’étape pour nos blessés qui sont évacués de la zone de combat et s’en retournent au Canada. Ils arrivent à Landstuhl par avion de Kandahar (en Afghanistan). Je suis leur aumônier pendant la durée de leur séjour. J’exerce mon ministère à l’hôpital. Lorsqu’un soldat est blessé gravement, on offre le transport par avion à la famille, dont je deviens également l’aumônier. Je les écoute raconter leurs problèmes et je les accompagne dans leurs joies et dans leurs peines.

En règle générale, je m’occupe des soldats pendant une période d’environ deux semaines, car les soldats blessés ne restent pas à l’hôpital plus longtemps. C’est le règlement de l’hôpital. Les Américains offrent deux ou trois vols par semaine vers les États-Unis. En ce qui concerne les Canadiens, les vols sont offerts en fonction des besoins. L’armée déploie tous les efforts possibles pour rapatrier ses soldats. Lorsqu’un soldat doit rentrer à la maison, on envoie un avion d’Ottawa ou de la base de Trenton.

Lorsqu’il n’y a que deux ou trois soldats blessés, j’assiste les aumôniers américains de la base aérienne de Ramstein dans leur ministère auprès des soldats américains blessés en Irak. Nous travaillons dans un hôpital militaire américain immense et très moderne. Si jamais je suis blessé, je veux qu’on m’emmène à Landstuhl, et pas ailleurs (rires). C’est un endroit extraordinaire. L’hôpital compte 1200 employés, soit environ 100 médecins, 200 infirmières et 900 personnes qui travaillent dans les domaines médical, administratif, logistique, etc. C’est le plus grand hôpital américain à l’extérieur des États-Unis.

Q. Décrivez-moi une journée type.

Le matin, j’aide un des aumôniers américains au service de soins intensifs. L’après-midi, je rends visite aux Canadiens. Nous passons au moins deux heures par jour – mais généralement beaucoup plus – avec chaque soldat canadien. Bien souvent, il est près de minuit lorsque je regagne mes quartiers. Je reste à leur chevet aussi longtemps qu’ils ont besoin de moi. Parfois, nous parlons de Dieu, mais quelquefois, je n’ai qu’à les écouter. C’est l’aspect le plus merveilleux de mon ministère de simplement rester auprès d’eux.

Nous avons également des patients externes, des soldats qui ont été blessés à Kandahar mais qui n’ont pas été hospitalisés. Ils viennent ici pour obtenir une consultation. Ces soldats sortent d’un environnement très stressant à Kandahar, et quand ils arrivent ici, on leur demande de relaxer (rires). Je vais les chercher en après-midi, et nous allons souper ou passer la soirée ensemble. Ils sont vraiment reconnaissants. Comme il n’y a que quelques Canadiens ici, les soldats se sentent perdus dans cet environnement américain. Lorsqu’ils se rendent compte que nous sommes canadiens, ils veulent se rapprocher de nous.

Q. Est-il possible que vous soyez envoyé en Afghanistan?

Bien sûr. Nous avons cinq aumôniers en Afghanistan. C’est le hasard qui a décidé que je viendrais ici. En février, je retournerai au Canada pour une période d’au moins 12 mois. Mais après cela, je pourrais très bien être envoyé en Afghanistan.

Q. Quel est l’aspect le plus difficile de votre travail?

Il est très difficile de s’occuper de la famille d’un soldat grièvement blessé, de voir arriver une jeune femme avec son bébé, quand elle ne sait pas encore que son mari n’en a plus pour longtemps.

Nous ne pouvons qu’offrir notre présence. Nous n’essayons pas de leur donner des réponses. Nous restons auprès d’eux. Nous pleurons avec eux. Nous prononçons des paroles de sympathie et d’espoir. Mais ce n’est pas facile.

Q. Comment se porte votre foi dans tout cela?

Elle n’a jamais été aussi forte. Lorsque je suis devenu soldat de l’Armée du Salut, je me suis ancré à ma foi, et je ne l’ai jamais remise en question. Malgré les guerres et les rumeurs de guerre, Dieu nous demande d’exercer notre ministère auprès de son peuple. Ma foi n’a jamais été ébranlée, car je sais où j’en suis avec Dieu.

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