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RSSLe ministère silencieux
Depuis plus d’un siècle, le service de prévention du suicide de l’Armée du Salut sauve des vies, un appel téléphonique à la fois « Je vais me suicider aujourd’hui. »
« Voulez-vous en parler? », a répondu Sabrina Mohamed, qui s’occupait ce soir-là de la ligne de prévention du suicide de l’Armée du Salut de Hamilton (Ontario).
« Il n’y a eu aucun préambule », explique Sabrina en parlant de l’appel téléphonique, « alors j’ai compris que ce serait difficile ».
Le plan de la femme était effarant de simplicité. « J’ai un pistolet chargé dans ma voiture », a-t-elle expliqué. « Je vais me rendre au poste de police et braquer mon pistolet sur un policier ». Elle se proposait de tirer sur quelqu’un – n’importe qui – afin que les policiers soient forcés de l’abattre.
Sabrina n’avait que quelques minutes pour réagir. « La femme pouvait se trouver à quelques rues seulement d’un poste de police. Je ne savais pas où elle était, ni à quel poste de police elle avait l’intention d’aller. En fait, je ne savais même pas de quelle ville elle téléphonait. »
Sabrina a compris qu’elle devait rapidement mettre l’appelante en confiance afin de l’amener à se confier. « Je voulais qu’elle me parle, qu’elle me dise ce qui se passait dans sa tête, qu’elle sache que j’étais là pour l’aider ». En parlant avec la femme, Sabrina l’a aidée à comprendre qu’elle n’était pas seule et que ce qu’elle voulait faire risquait de mettre en danger la vie de personnes innocentes. Sabrina a réussi à faire durer la conversation pendant plusieurs précieuses minutes, durant lesquelles on a pu découvrir où se trouvait l’appelante.
Quelques instants plus tard, Sabrina a reçu un appel téléphonique d’un policier qui lui a appris que la femme avait été arrêtée.
Un dossier impressionnant
Le service de prévention du suicide de l’Armée du Salut reçoit quotidiennement des appels comme celui décrit plus haut. « Nous sommes ouverts 24 heures par jour, sept jours par semaine », explique Stephanie Oliver, directrice du programme. En 2006, le service téléphonique, administré par cinq employés à temps plein et une équipe de bénévoles qualifiés, a répondu à 3 491 appels, qui ne provenaient pas tous de la région de Hamilton. « Au cours de la dernière année », précise Stephanie, nous avons reçu des appels d’endroits très éloignés de la zone que nous desservons ». Certains venaient d’aussi loin que Calgary, Baltimore, Ottawa, et même Las Vegas.
L’équipe de prévention du suicide envisage de créer, à long terme, une ligne d’espoir à l’échelle du territoire du Canada et des Bermudes de l’Armée du Salut. Autrefois, l’Armée offrait un service de prévention du suicide dans chaque grande ville canadienne. Cependant, il est devenu difficile de trouver du personnel compétent pour répondre aux appels. « C’est une chose de recevoir une formation de pasteur », explique Stephanie, « mais c’en est une autre d’apprendre à réagir dans des situations d’urgence très intenses. »
Le service de prévention du suicide de Hamilton a survécu parce que ses intervenants étaient d’ardents défenseurs de la collectivité et qu’ils se sont battus pour conserver leur ministère. Stephanie Oliver est devenue directrice générale en décembre 2003. À titre de membre agréée de l’Ordre des travailleurs sociaux et des techniciens en travail social de l’Ontario, cette salutiste de longue date possédait une grande expérience dans le domaine.
Les membres du personnel ont tous fait des études postsecondaires et ont reçu une formation. « Ils sont intervenus rapidement dans des situations extrêmes », fait-elle remarquer, « à toutes les heures du jour et de la nuit ».
« J’aime bien parler de notre ligne d’écoute comme d’un « ministère silencieux », poursuit Stephanie, « parce que nos intervenants travaillent en coulisse pendant que le reste du monde vaque à ses occupations quotidiennes ».
Voici quelques exemples tirés des milliers d’appels à l’aide qui ont été reçus :
Une jeune femme a téléphoné pour dire qu’elle se préparait à sauter devant le prochain train.
Un homme a téléphoné de son balcon du onzième étage en disant qu’il allait se pendre.
Une femme qui avait découvert que son mari avait une liaison avec un homme a téléphoné en disant qu’elle allait avaler le contenu d’un flacon d’analgésiques.
Pendant la période de Noël, un homme et une femme qui venaient de perdre leur unique enfant ont téléphoné de leur garage, qui s’emplissait lentement de monoxyde de carbone.
Une jeune femme qui venait d’être agressée sexuellement lors d’une fête du nouvel an a téléphoné d’un appareil public en disant qu’elle envisageait de se suicider afin que ses parents n’apprennent pas ce qui lui était arrivé.
« Toutes ces personnes sont encore en vie », déclare Stephanie Oliver, « grâce à l’intervention rapide des membres de mon équipe! ».
Quelqu’un vers qui se tourner
L’efficacité de la ligne d’écoute de Hamilton est confirmée par le fait que de nombreux organismes et services gouvernementaux, comme la ligne d’information 1‑800‑O‑Canada et l’Agence du revenu du Canada, dirigent des personnes en détresses ou suicidaires vers le service de prévention du suicide de l’Armée du Salut. « Je suppose que nous faisons bien notre travail », conclut Stephanie Oliver. « Notre numéro de téléphone se trouve sur la première page des annuaires téléphoniques locaux, avec les autres numéros d’urgence. »
L’automne dernier, Stephanie a représenté le territoire du Canada et des Bermudes à la Conférence internationale sur la prévention du suicide, qui s’est tenue en Irlande. Huit cents délégués provenant de 43 pays y ont applaudi le travail accompli par l’Armée du Salut. (William Booth a créé le tout premier service de prévention du suicide en 1907.)
Pourquoi Stephanie et son personnel font-ils ce travail? « Quand je dis que je travaille pour la ligne de prévention du suicide de l’Armée du Salut, c’est toujours la première question qu’on me pose », raconte Katie Siemon, superviseure. Celle‑ci a commencé à travailler bénévolement pour le service après le suicide d’un ami proche. « Je ne voulais pas que d’autres personnes aux prises avec une détresse affective souffrent en silence, comme ce fut le cas pour mon ami. » Sans un tel service de soutien, un grand nombre de gens n’auraient personne vers qui se tourner dans leurs moments les plus difficiles. « Le fait de savoir que quelqu’un est encore en vie grâce à vous procure un merveilleux sentiment de soulagement et d’utilité. »
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