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Abandonné

L’incarcération d’un parent entraîne des conséquences désastreuses pour les familles, et ce sont les enfants innocents qui en subissent le plus les contrecoups.

Des recherches ont démontré que chaque année, au Canada, au moins 20 000 enfants sont séparés d’un parent en raison d’une incarcération.

Dans plus de 50 collectivités du territoire du Canada et des Bermudes, les services correctionnels et de justice de l’Armée du Salut représentent une lueur d’espoir pour les parents incarcérés et une source de réconfort pour leurs enfants.

En 1901, l’Armée du Salut proposa au gouvernement fédéral l’établissement d’un programme de liberté surveillée à l’intention des prisonniers. Cela a donné lieu à la mise en œuvre du premier programme de libération conditionnelle. Depuis, l’Armée du Salut offre de l’aide concrète et des soins spirituels aux victimes, aux contrevenants, aux anciens délinquants et aux familles touchées par le système de justice pénale.

Les demandes d’aide sont nombreuses et l’Armée du Salut continue de répondre aux besoins des personnes désespérées. En juin 2005, les services correctionnels et de justice de Moncton, au Nouveau-Brunswick, ont mis sur pied un groupe de soutien à l’intention des enfants et des adolescents (de 6 à 16 ans) qui sont touchés par l’incarcération d’un parent.

L’un de leurs clients, Jacques (prénom fictif), se souvient parfaitement du jour où sa mère a quitté le foyer. « J’avais six ans quand ma mère m’a dit qu’elle partait. Je croyais qu’elle allait assister à une conférence dans le cadre de son travail. J’ai maintenant 14 ans, et j’attends encore qu’elle revienne à la maison ».

À l’âge de 15 ans, la mère de Jacques est tombée enceinte. Peu de temps après, le père de l’enfant l’a abandonnée. Pendant les années qui ont suivi, elle s’est réfugiée dans l’alcool et les drogues, laissant sa mère s’occuper de l’éducation de Jacques.

De mauvaises fréquentations et la drogue ont amené la mère de Jacques à commettre des vols dans des magasins. À 22 ans, elle a été arrêtée et emprisonnée pour un vol de banque. Depuis, Jacques a rarement vu sa mère.

« J’étais en colère et bouleversé », dit-il. « J’ai entendu ma grand-mère dire au téléphone que ma mère était en prison. J’étais alors trop jeune pour comprendre. Je savais seulement que je n’avais pas de mère et qu’elle avait manqué à sa promesse de rentrer à la maison. »

Selon Frank Leonardi, l’animateur du groupe de soutien, des études ont démontré que les enfants de parents incarcérés risquent davantage d’éprouver des difficultés à l’école, d’appartenir à un gang et de consommer des drogues. Les groupes de soutien et les programmes structurés peuvent contribuer à diminuer les comportements destructeurs et à instaurer des mécanismes d’adaptation.

« J’avais de nombreuses peurs », raconte Jacques. L’Armée du Salut m’a aidé à comprendre que le bien existe. Pendant les séances de groupe, je me suis amusé, je me suis senti en sécurité et j’ai pu faire confiance à quelqu’un et lui parler de mes blessures les plus profondes. On ne m’a pas abandonné. »