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La vie secrète d’un toxicomane

« J’ai 42 ans, et je suis toxicomane et alcoolique », déclare Dale Sutherland. Dale n’est ni pauvre, ni sans abri. Il s’exprime bien, s’habille bien et semble sûr de lui. Il a fait des études dans les domaines des affaires et des arts culinaires. Il est père de deux garçons. Il est un homme d’affaires prospère.

Qu’est-ce qui lui est donc arrivé?

À une certaine époque, on croyait que les alcooliques et les toxicomanes étaient des personnes sans emploi, pauvres et issues de milieux urbains. En réalité, de nombreux toxicomanes travaillent et semblent fonctionner normalement.

« Pendant 26 ans, j’ai consommé et surconsommé », explique Dale. « Je paraissais normal, mais j’étais un toxicomane avéré. Je buvais de grandes quantités d’alcool sans avoir l’air ivre et je consommais des drogues illicites chaque jour sans que cela m’empêche de fonctionner. J’avais un emploi. J’étais marié et père de famille. Je faisais des versements pour payer ma voiture et ma maison.

« J’avais 14 ans quand j’ai consommé de l’alcool pour la première fois », raconte Dale. « Mon père était un homme sévère. Je croyais qu’il ne m’aimait pas et je ne savais pas pourquoi. À l’école, je voulais paraître « cool », être comme les autres. Quand je prenais de l’alcool, je n’avais peur de rien.

« Ma consommation excessive d’alcool n’a cessé d’augmenter. Au début de la vingtaine, pendant mes études universitaires, je buvais chaque fois que j’en avais la possibilité. Rien d’autre ne m’intéressait. Pendant quatre ans, je n’ai eu aucun rapport avec les membres de ma famille. Je voulais leur montrer que je pouvais survivre sans leur aide. Puis, un jour, j’ai reçu un appel téléphonique terrible de Dana, mon frère aîné.

“David a eu un accident en jouant un hockey. Une rondelle l’a atteint à la tête, et son état est grave.” Mon frère David, qui était âgé de 22 ans, n’a pas survécu.

« La douleur a déchiré notre famille. Mes parents se sont séparés après 28 ans de mariage. Pour ma part, j’étais fou de rage. J’ai été arrêté à plusieurs reprises pour agression, et j’ai commencé à consommer de la cocaïne dans l’espoir d’apaiser ma douleur.

« À 29 ans, je me suis marié. J’étais camionneur et je passais plusieurs jours d’affilée sur la route. Nous avons eu deux fils magnifiques. La cocaïne m’aidait à rester éveillé et à arriver à destination plus rapidement. M’injecter une seringue de cocaïne dans le bras était devenu un geste quotidien. Personne n’avait d’importance à mes yeux.

« À la maison, j’étais un bon mari et un père aimant. J’ai mis sur pied une entreprise de camionnage. Nous avons acheté une grande maison. J’ai vécu ainsi pendant 13 ans. Puis, un jour, ma femme a trouvé de la cocaïne dans mon sac de voyage.

« À ce stade, j’étais impliqué dans des activités criminelles et je puisais dans mes économies personnelles et les fonds de mon entreprise pour financer ma dépendance. Nous nous sommes séparés. Ma femme a obtenu la garde des enfants, et nous avons vendu notre maison. Mon entreprise était en chute libre. Mais rien de tout cela n’était ma faute.

« En 2008, j’ai été déclaré coupable de 32 accusations relatives à des armes, à des agressions et à des menaces de mort. Dans ma cellule, j’ai compris que mon univers était en train de s’écrouler. Tous mes problèmes découlaient de mes dépendances. J’ai demandé à voir l’aumônier.

« Nick était membre de l’Armée du Salut. Il m’a encouragé à fréquenter la chapelle. Je n’avais rien à perdre et j’ai laissé la spiritualité remplir mon vide intérieur. Après cinq mois, j’ai obtenu une mise en liberté sous caution. Je me suis immédiatement inscrit au programme de désintoxication en établissement de l’Armée du Salut. J’étais un peu sceptique en voyant les pauvres et les sans abri. Je n’étais pas l’un d’eux. Et pourtant, j’étais tout aussi dépendant qu’eux. »

Dale est l’une des 2 000 personnes qui ont réussi un des programmes de désintoxication de l’Armée du Salut au Canada l’an dernier. Il fait actuellement des études en comptabilité et travaille à titre d’administrateur pour une entreprise qui possède 228 condos. Il participe à un groupe de soutien qui se réunit chaque semaine.

« L’Armée du Salut avait les ressources nécessaires. J’ai saisi les occasions qu’elle m’a présentées », conclut Dale.






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