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RSSMédailles d’honneur
Le modeste vétéran de la Deuxième Guerre mondiale a servi son pays avec courage et désintéressement. Cependant, la nation reconnaissante pouvait lui donner au moins une chose.
Le major Christopher Dickens faisait faire à M. Pat Stogran, ombudsman des vétérans du Canada, une visite guidée du Maxwell Meighen Centre de l’Armée du Salut, à Toronto, un établissement de 120 lits. M. Stogran avait entendu parler des services offerts par le centre à des sans-abri, dont certains étaient des vétérans, et il avait voulu voir de ses propres yeux le travail accompli par les salutistes.
Le major Dickens a emmené M. Stogran à la chambre de Don Hutchinson. Sans préambule, le résident, âgé de 87 ans, a demandé : « Pouvez-vous remplacer mes médailles? »
« Nous avons tous été étonnés », raconte le major Dickens. « Il n’avait jamais parlé de ses médailles auparavant. »
D’une Armée à une autre
Natif de Toronto, Don s’est enrôlé dans le Corps de santé de l’Armée canadienne en 1943, au plus fort de la Deuxième Guerre mondiale. Basé en Angleterre, il est arrivé en France en juin 1944, peu de temps après le jour J. Il s’est battu sur les champs de bataille ensanglantés de la France, des Pays-Bas, de la Belgique et de l’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, en 1945.
Libéré de ses obligations militaires en 1947, Don est retourné à Toronto, où il a occupé divers petits emplois. « Je bougeais pas mal », raconte Don. Toutefois, après quelque temps, il a perdu les précieuses médailles qu’il avait reçues pendant la guerre.
Quand on lui demande ce qui l’a amené au Maxwell Meighen Centre, Don répond, de manière plutôt évasive : « une situation financière difficile ».
« Don fait presque partie des meubles ici », déclare en souriant le major Dickens, directeur général du Maxwell Meighen Centre. « Il est plutôt mystérieux. Personne – ni même lui – ne sait depuis combien de temps il est ici. Selon les archives, il a travaillé à la cuisine dans les années 1970. Don a perdu tout lien avec sa famille. Il sait où son père est enterré, mais il ne se souvient pas où ont été ensevelis sa mère, ses frères et ses sœurs. Aujourd’hui, nous sommes sa famille, et le centre est son foyer. »
« Envoyez-les par la poste »
Les choses en étaient là, jusqu’à la visite d’avril dernier.
Le personnel d’Anciens Combattants Canada a vite envoyé les formulaires nécessaires par télécopieur. Le major Dickens et Don les ont retournés, dûment remplis, dès le lendemain.
« Une fois que nous avons su quoi faire, le processus s’est déroulé avec une facilité déconcertante, car Don avait toujours son certificat de libération », explique le major Dickens.
Lorsqu’on a demandé à Don de quelle manière il voulait recevoir ses médailles, il a répondu humblement : « Envoyez-les par la poste ».
Le major Dickens a souri, puis a ajouté : « Je crois que nous pouvons faire mieux que ça ».
Combattant à l’honneur
C’est ainsi que la chapelle du Maxwell Meighen Centre a été le théâtre d’une cérémonie de présentation de médailles le 26 juin suivant. Les membres du personnel et les clients du centre étaient présents, ainsi que des représentants de l’Armée du Salut, M. Pat Stogran, ombudsman des vétérans, et des membres du service de police de Toronto.
Modeste, comme la plupart des vétérans, Don a prononcé quelques mots de remerciement. Cependant, le major Dickens n’avait pas l’intention d’en rester là. « Si vous n’avez jamais eu l’occasion de serrer la main d’un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et de le remercier, vous pouvez le faire aujourd’hui », a-t-il annoncé aux personnes présentes.
Plus d’une dizaine de membres du service de police de Toronto, ainsi que plusieurs des clients du centre, se sont mis en rang afin de serrer la main de Don. Un des clients s’est accroupi à côté de Don, lui a serré la main et lui a dit : « Moi aussi, je suis un vétéran. J’ai participé à la guerre du Golfe Persique ».
Après la cérémonie, le major Dickens a pris le jeune vétéran à part et l’a présenté à l’ombudsman des vétérans du Canada, en disant : « Pat aimerait beaucoup vous parler ».
« Une partie de notre action sociale dans le cadre de la campagne “N’oublions personne” consiste à rencontrer des vétérans, anciens et nouveaux, afin de leur offrir le soutien qu’ils méritent », explique M. Stogran. En fait, grâce à cette rencontre, Don reçoit maintenant de l’aide d’Anciens combattants Canada, dont une nouvelle marchette, qui a remplacé celle qu’il a récemment endommagée en tombant. C’est bien peu de chose, si l’on pense à tout ce que les vétérans comme Don ont fait pour la nation.
« Les membres de cette génération étaient extraordinaires », déclare le major Dickens, dont le père est également un vétéran. « Ils sont allés à la guerre, sont revenus et ont construit une nation. À mesure que le temps passe, ils deviennent de plus en plus précieux. Ce fut un privilège de rendre hommage à ce combattant. »
Ken Ramstead
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