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Plus qu’un repas

plusquunrepas.jpgPar Dan MacLennan

À première vue, les services essentiels que le « véhicule à sandwichs » de l’Armée du Salut rend à Campbell River, en Colombie-Britannique, n’ont l’air de rien. Mais la clientèle cible en a une toute autre idée.

Les bénéficiaires considèrent ce véhicule comme un oasis d’espoir sur roues, qui parcourt les rues chaque soir, malgré la chaleur estivale et le froid hivernal, et qui apporte tellement plus que des sandwichs et des cafés.

Les gens qui s’occupent de ces personnes ont constaté une hausse des besoins depuis un an.

Avant de changer de vie, Rick Miller était aux prises avec la toxicomanie et vivait dans les rues de Campbell River et de Victoria. Sobre depuis maintenant plus de deux ans, il gère le véhicule à sandwichs depuis le commencement du programme, en janvier 2008.

« Ne touchez pas à mon mercredi soir! »
L’an dernier, ce véhicule qui prend de l’âge tenait lieu de centre d’opérations d’assistance pour des centaines d’hommes et de femmes. Des employés et des bénévoles ont distribué 11 085 tasses de café et 11 449 sandwichs, de même que des sacs de couchage, des tentes, des manteaux, des tuques, des gants et bien d’autres choses aux personnes qui peinent à trouver refuge et à se nourrir.

« Nous sommes beaucoup plus occupés qu’avant », déclare Rick en conduisant le véhicule jusqu’au premier arrêt de la soirée.

« Je vois de plus en plus de jeunes », ajoute Dawn Riley, une adjointe administrative de l’Armée du Salut qui travaille régulièrement comme bénévole. « Il y a également plus de familles qui se présentent. Elles ont un logement, mais tout leur argent sert à payer le loyer et les services publics, ce qui fait qu’elles n’en ont plus assez pour payer l’épicerie et nourrir les enfants. »

Dawn appuie avec ferveur le programme du véhicule à sandwichs, mais ce n’était pas comme ça au début.

« J’ai commencé au cours du premier mois du programme », raconte-t-elle. « J’y suis allée une première fois, puis je suis retournée à la maison et j’ai pleuré. J’ai dit à Rick que je ne voulais plus y retourner. C’était un aspect de l’itinérance que j’ignorais. »

« Puis Rick m’a téléphoné. Un bénévole s’était désisté, alors il m’a demandé : “Peux-tu revenir seulement pour ce soir?” Je l’ai fait, et je me suis attachée à ce ministère. »

« Le mercredi soir, c’est mon soir. N’y touchez pas. C’est ici qu’on me trouve. »

Des pommes et des oranges
La plupart des personnes qui utilisent ces services peuvent apprécier le dévouement de Rick, de Dawn et des autres travailleurs du programme. Lorsque le véhicule s’immobilise pour une demi-heure, ça devient un endroit où on s’embrasse, où on pleure et on rit, où on prend des nouvelles de tout le monde. On y trouve un visage amical, quelqu’un qui connaît notre nom et qui est attentif à nos joies et à nos peines.

« Nous formons une famille », commente Dawn. « Nous donnons beaucoup d’information, mais souvent nous ne faisons qu’écouter. Les gens ne recherchent que ce type de contact. Ici, quelqu’un est disposé à écouter. »

Rick signale qu’on a dû réduire le nombre de bénévoles parce que la clientèle semblait un peu méfiante lorsqu’elle voyait des visages différents chaque soir.

« Maintenant nous avons une équipe mobile structurée avec laquelle notre clientèle est plus à l’aise parce qu’elle la revoit régulièrement », poursuit-il. « Je suis passé par là. D’une certaine façon, j’y suis encore, sauf que je ne consomme pas de drogue. Ils apprennent à me connaître. Ils constatent où j’en suis dans ma vie, et beaucoup d’entre eux sont heureux de le savoir. Ils me considèrent comme un mentor. »

Dans chaque équipe, il y a un homme et une femme afin que tout client du programme n’hésite pas à se confier.

« Nous accordons un traitement personnalisé à chacun », explique Rick. « Nous leur proposons des moyens pour qu’ils progressent dans la vie et s’engagent dans la bonne direction. »

Dawn affirme que le programme fonctionne grâce à la générosité de la collectivité de Campbell River. De nombreuses entreprises locales soutiennent le programme du véhicule à sandwichs.

Si on lui demande ce qui manque, elle répond : « Des fruits ».

« J’aimerais que quelqu’un puisse donner une caisse d’oranges par semaine », précise-t-elle. « Nous pourrions remplir de petits sacs de fruits, par exemple, des melons d’eau, des ananas, des oranges, des raisins, n’importe quoi. Huit bénéficiaires sur dix préféreraient recevoir des fruits que des beignes ou d’autres gâteries. Tout le monde aime les bananes et les oranges, parce que bon nombre de nos clients n’ont plus beaucoup de dents. Nous lançons à la blague : S’il vous reste des dents, on vous donne une pomme. Si vous n’en avez plus, vous recevez une orange. »

« Quelque chose de merveilleux! »
La clientèle est composée de gens issus d’horizons variés, comme Cory, qui a un emploi mais a toujours de la difficulté à joindre les deux bouts.

« Ce programme est décidément une excellente idée dans cette collectivité, surtout pour les gens qui ne reçoivent pas leur paie avant quelques jours et peuvent difficilement y arriver », affirme-t-il. « Le programme me permet d’apporter quelques lunchs au travail. C’est formidable. »

Ron, un autre client, est d’accord. Il croit que les citoyens de Campbell River devraient savoir « qu’il y a des gens bienveillants qui essaient de faire le bien, qui ont de la compassion, qui tentent de changer le cours des choses et qui n’abandonnent personne à son triste sort. »

Un homme déclare : « J’ai été itinérant dans cette ville pendant trois ans, et ce véhicule à sandwichs était un cadeau de Dieu. Sans le véhicule à sandwichs et la banque alimentaire de l’Armée du Salut, beaucoup de gens connaîtraient une situation pénible. »

Il brosse un tableau fidèle de la soirée. « Dans le regard de certains, on ne voit aucune lueur. Mais dès qu’on leur parle un peu, ils oublient leurs problèmes, et la lueur apparaît. Si on peut maintenir cette lueur, alors quelque chose peut se produire. Quelque chose de merveilleux! », conclut-il.

Reproduit, adapté par Ken Ramstead et traduit avec l’autorisation du journal Courier-Islander